APPEL DU 26 JUIN 2010

LOUPMONT’S CALLING 55

Incipit

« We are only in it for the money » de Frank Zappa en 67,

« Nous voulons le monde et nous le voulons maintenant » de Jim Morrison en 1969

« The dream is over » de John Lennon en 1974,

     toutes ces paroles prémonitoires nous les devons à ces génies du rock, musiciens ou poètes qui pour n’en être pas moins des hommes passèrent pour des demi-dieux, voire des dieux à mes yeux d’adolescent qui avait laissé ouvertes toutes les portes de la perception, celle de mon cerveau, celle de mes sens et celle de mes illusions d’enfant occidental.

Avidité et acédie

     Au seuil de ce nouveau millénaire, à l’heure du temps réel des réseaux informatiques, des transactions financières des marchés spéculatifs, des réseaux de l’art contemporain ou de ceux de la drogue, ces prophéties sont en voie de réalisation à l’exception du fameux appel de Morrison qui par la magie du langage s’est transformé en un « nous volons le monde et nous le volons maintenant » pouvant tenir lieu de programme à notre contemporanéité et interdisant toute forme de générosité dont peut parfois être capable l’être humain. Cette clôture du monde, cette finitude et cette dégringolade vers le cynisme, ces grands artistes l’avaient anticipée. Notre société revendique l’avidité comme valeur fondamentale et s’appuie sur des technologies qui nous plongent dans un présent immédiat sans racine et sans avenir. La réussite et l’accélération technique alliées à l’avidité ont conduit au désenchantement du monde. Tous les symptômes du désenchantement traduits par les mots crise, déficits, retraite, déclin, défiance tournent en boucle dans les tuyaux médiatiques qui ne conduisent qu’à cette fatalité qui nous étreint, celle qu’avaient connu en leur époque les hommes d’Eglise frappés par l’acédie ou mélancolie des cloîtres. Comme les moines d’autrefois qui doutaient de leur dieu, nous doutons nous aussi de notre avenir et nous nous interrogeons sur cette atomisation du monde, du social, des cultures, atomisation qui conduit à des zones désertifiées ou surpeuplées, à des disparités de richesse jamais vues et à une angoisse existentielle. Nous avons peur et même nous avons peur de la peur.

Le grand ver

     Nous n’avons plus de dieux à invoquer, ni même de lien avec l’Histoire et moins encore d’art auquel nous référer. Ce dernier a été remplacé par la culture, mot bouche trou utilisé par le grand lombric médiatico-politique, ce corps boursouflé et totipotent qui se prétend intellectuel et qui voudrait apporter un semblant d’âme à notre post-modernité. Mais le grand ver qui se veut d’avant-garde, n’est capable que de ramper et de s’accoupler dans la fange sans aucun espoir de rédemption. Pourvu d’un système nerveux central peu organisé, le grand corps remplace le qualitatif par le quantitatif et multiplie ses anneaux. Il impose la religion du chiffre et travaille en réseau pour masquer son vide existentiel. Il fait du bruit, il devient pornographe et évoque à tout bout de champ sa culture. «  La culture mes amis, la culture est un formidable facteur de développement » déclare le grand ver, entre une nuit blanche et une gay pride puis il se met à construire des musées partout dans le monde, des musées étranges où le contenant prime sur le contenu, emplis de bimbeloterie et d’objets en tout genre. Ses musées ressemblent plus à des supermarchés ou à des jardineries, voire à des poubelles tant on y trouve de tout, même de l’éphémère et de l’invisible. Le grand ver en vient parfois, dans un sursaut de lucidité, à se poser la question de savoir si ses chefs-d’œuvre en sont vraiment. Il met des points d’interrogation partout, il fait des enquêtes, philosophe souvent et prétend même que c’est l’idée qui fait l’art. Il fait les demandes et les réponses ce qui est bien commode. Le ver invoque en permanence Duchamp, c’est bien normal, car il en vient du champ. C’est en cet endroit d’ailleurs que sa bouche s’adoube frénétiquement avec son anus car le ver est très Narcisse, il n’aime que lui-même.

     Mes chers amis, j’ai voulu par cette métaphore révéler une situation mondiale, nationale et régionale qui, par son actualité en Lorraine, a occupé vos esprits, les a bombardés. Pour une fois qu’il y avait de l’actu dans notre modeste région, il a fallu tout gober sans rechigner…et en payant ! Vous trouverez peut-être ma peinture sévère ou caricaturale, c’est votre droit mais c’est aussi le mien de faire cette peinture. C’est le droit inaliénable des artistes, celui qu’avait défini le poète latin Horace dans son Art Poétique « Au peintre comme au poète, il a toujours été accordé de tout oser ». Toute cette grande tradition de liberté artistique et de peinture, je veux la poursuivre autant que je le pourrai. Malheureusement, ma position est difficile face à un réseau culturel qui étend son empire iconoclaste en combattant chaque jour notre tradition picturale européenne. J’ai suffisamment décrit ce réseau pour ne pas vous ennuyer une fois de plus.

Caca anticipation humoristique de la culture

     J’ai défini ici même dans ce lieu de repli ouvert en 97, en parfaite cohérence avec ma démarche artistique et ma création picturale une orientation conceptuelle qui donne les clés pour comprendre l’escroquerie artistique que nous vivons. C’est le mouvement Caca créé en 2004 et les textes qui l’accompagnent (Manifeste Caca, Donny’s Dirty Dogme, Prélude à la Guerre Ludique, Charte Artistique du Présent). Caca, c’est l’anticipation humoristique de ce qui nous attend, de cette post-moderne entropie artistique et de l’établissement que les crachats vaudront pour marque de respect, que les injures seront poésie urbaine, que le crime et le cynisme tiendront pour art ultime, que caca est l’ultime produit post-moderne de l’imposture artistique. Oui, c’est ici, dans ce petit théâtre d’opération, qu’eut lieu cette révolution culturelle majeure. Après Diogène qui rejetait toute règle sociale et vivait sans contrainte, après Saint François d’Assise au 12ème siècle qui se proclamait « pauvre, illettré et idiot », après Duchamp qui fit d’une pissotière un objet de culte, voici l’âne Bourriquet Bellequeue, premier artiste du monde animal, revendiquant lui aussi sa créativité et sa prétention culturelle. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

Génocide pictural

     Depuis 30 ans, les peintres et les artistes iconophiles subissent les attaques et la haine des extrémistes de l’art officiel, attaques qu’aucune autre confrérie n’aurait supportées. On a tenté de déposséder le peintre de ses thèmes, on a expulsé la perspective, on a rejeté la composition, on a fustigé l’harmonie des couleurs, on a banni toute mimésis ou représentation (le nu fut condamné). Les peintres durent se soumettre à l’injonction comminatoire de ces fanatiques iconoclastes d’admirer une toile blanche, un châssis nu ou un tableau qui n’existe pas. Le peintre dut et doit toujours aujourd’hui porter l’infâme étoile jaune que lui apposent tous ces faux héritiers de Duchamp à la mode que la machine culturelle engraisse. A Pompidou-Metz comme à Paris, cette machine culturelle arrogante gère le musée suivant les lois du profit et de la publicité depuis qu’elle s’est ralliée aux lois du marché ; elle impose sa loi artistique dans tous les lieux d’exposition, ne laissant aucun espace aux autres artistes et comble de l’outrage, cette sinistre machine, aussi pauvre que la création qu’elle propose, laisse les coûts de son fonctionnement (11 millions d’€ par an) au contribuable lorrain.

Demander des comptes

     Mes chers amis, je vous invite donc à combattre ce pétainisme artistique, alliance contre nature entre pouvoir et culture (Marcel Duchamp nous voilà), qui profite à une élite politico-culturelle qui va du ministre au petit fonctionnaire culturel, du maire au professeur d’art plastique, et à ignorer cette ignominie collaborationniste qui engraisse toujours les mêmes et les pousse à ne rien changer. Les contes de fée ont suffisamment duré, il est temps aujourd’hui de demander des comptes et des faits à ceux qui ont la responsabilité des déficits, de la dette publique, des retraites, du chômage, en un mot du désastre français et lorrain. Ils sont près de chez vous…. vous pourrez les croiser lors des nuits blanches ou des gay prides et leur dire que « la culture telle qu’ils la conçoivent, n’est pas un formidable facteur de développement mais une lourdeur de plus à financer et que cette culture condamnent les contribuables lorrains à une double peine et méprise les artistes de mon acabit. »

Loupmont, le 26 juin 2010

Rock it here and now

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