NOUS VOUS FERONS AIMER L'ART CONTEMPORAIN


Pris la main dans le sac
 

   Nous avons rassemblé dans cette rubrique des extraits d’articles de presse parus dans des revues d’art. Nos sources principales sont essentiellement les revues ART PRESS (dont la directrice de rédaction est Catherine MILLET) et BEAUX ARTS MAGAZINE. Deux revues sérieuses voire intellos qui sont un miroir du monde artistique contemporain. Nous citons les sources (numéro de parution, artiste concerné, journaliste signataire). 

  Cette compilation nous amuse et vous amusera sûrement en faisant apparaître comme le nez au milieu de la figure, les obsessions, les manies et les snobismes qui animent nos « élites ».

   Cette rubrique « Pris la main dans le sac » aurait pu s’intituler « Pris le doigt dans la merde » tant les rapports entre la merde et l’art contemporain sont nombreux ; elle montre combien les mots et les jargons à la mode sont un vernis qui permettent toutes les justifications. De la scatologie à l’eschatologie, il n’y a qu’un pas et deux lettres qui changent, de la physique à la métaphysique, il y a si peu de différence sur le papier ! Voilà, je n’en dirai pas plus, tout est écrit et revendiqué dans ce qui suit……

                                                                     Phil DONNY
 


ART PRESS No 277  Mars 2002

Le DJ dans l’Art Contemporain                                                                Christophe Kihm

« Pas de lieux de diffusion de l’art contemporain, plus de musées, de fondations, ni de vernissages d’exposition sans DJ. Les récentes ouvertures du Palais de Tokyo et du centre d’art le Plateau ont entériné cet état de fait, marquant plus loin une volonté d’inclusion du DJ au sein du dispositif muséal, manière comme une autre d’affirmer celui-ci comme lieu où l’on mixe. »

 

Anus oribilis (Gilbert and Georges artistes anglais)

Un de leurs plus récents travaux consiste en la vidéo d’un couple maculé de sang et d’urine.
 

Wim DELVOYE (artiste belge, concepteur d’une machine à fabriquer de la merde : « Cloaca ».)

« Après avoir filmé en gros plan, dans le genre documentaire sur la vie des plantes, le visage de sa bien-aimée livré à une lente invasion de « points noirs » se dandinant comme des asticots, après avoir reproduit en laboratoire, pour la première fois au monde, avec l’aide d’une équipe de chercheurs, un système digestif humain capable de fonctionner parfaitement, après avoir fait imprimer, sous la forme d’un carton d’exposition, un fragment d’échographie représentant son fils, né en 2001, après avoir fixé sur cibachrome les radiographies de quelques fellations ordinaires (accréditant que « ceci n’est pas une pipe »), Wim DELVOYE renouvelle, grâce aux techniques modernes, l’histoire séculaire du vitrail, comme il renouvelait récemment, avec ses Marble Floor et ses bétonnières, l’histoire si peu contemporaine de la marqueterie ou celle, non moins désuète, de la sculpture sur bois. »

« Prenant au sérieux la fonction éducative des vitraux, l’artiste attire ici notre attention sur la « vie intérieure » en créant des motifs décoratifs composés de fragments (répétés façon Warhol) ou mis bout à bout comme les cases d’un jeu de l’oie, de tubes digestifs, de crânes, de colons et de copulations d’hommes, de femmes et de cochons. L’idée de jeu…….

« La règle qui guide le travail de DELVOYE : à savoir que plus une œuvre s’enfonce profondément dans la physique, plus est grande son onde de choc métaphysique. Ainsi concédera-t-on qu’au fondement de ce qui se présente comme une proposition exclusivement scatologique se trouve, en fait, une réflexion plus « polie », une méditation de l’ordre de l’eschatologie. »

                                                                                                 Catherine FRANCBLIN

Olivier BLANKART ( artiste belge, né en 1969)

à propos du scotch et du carton

« En ce sens, ils sont à la fois high tech et low use. Ils permettent à Blanckart de poursuivre une réflexion politique et économique selon une stratégie post-pop qui consiste à détourner les armes de l’ennemi, en créant des œuvres uniques à partir des déchets de consommation, de sa part refoulée, mais ils l’amènent aussi à éprouver une technique qu’il ne cessera d’améliorer. »

après avoir découvert l’art des Inuits

« Blanckart crée alors les Quasi objets,de sommaires répliques en carton d’objets aussi divers que des mégots de cigarettes, des outils, des armes, des fruits, des gants de boxe….artefacts suffisamment ressemblants pour que la silhouette d’un fusil d’assaut sème la panique dans la rue. Un coussin par endroits étranglé de lanières de scotch évoque un phoque ou une pintade suspendue à l’étal d’un boucher ; des crottes de nez piquées d’un poil de cul disposées autour d’une rondelle d’œuf dur jouent avec une facilité déconcertante l’assaut désorganisé des gamètes sur un ovule. Puis en hommage à ces artistes du Grand Nord qui ont ouvert la voie…..

«  c’est là le grand mystère de l’art devant lequel on ne cessera jamais de s’émerveiller : pourquoi une représentation quasi abstraite peut s’avérer plus évocatrice qu’une image réaliste. C’est dans cet « à peu près maîtrisé » que réside le talent de l’artiste. Un « à peu près » qui se situe à mi-chemin entre le « bien fait » et le « mal fait » de Robert Filliou ou pour détourner  encore un vieil adage moderne, moins, c’est plus. »

                                                                                    Richard LEYDIER

BEAUX ARTS MAGAZINE (BAM)

Février 2003   La Part du Feu

« Deux jeunes français, Matthieu Laurette et Boris Achour, qui mettent au point un « Firework » d’un genre nouveau. Ensemble, l’été dernier, pour la dernière exposition du directeur du FRAC Languedoc-Roussillon, ils décident de consacrer la totalité de leur budget de production à des pétards de feux d’artifice. En somme, ils claquent tout l’argent en un minimum de temps : car la fête ne doit durer que l’espace d’un bouquet final. Ultra concentré, spectaculaire au possible, leur feu d’artifice est l’image ironique d’une société de la jouissance, de l’immédiateté et de la profusion. Reste qu’avec le feu d’artifice, Matthieu LAURETTE et Boris ACHOUR retiennent aussi une gamme de divertissement essentiellement populaire et convivial.

NDLR : comment claquer l’argent du contribuable en toute impunité par l’intermédiaire de réseaux soutenus par la puissance publique, dont les responsables sont connus et identifiables. Un acte éminemment banal (le feu d’artifice) est présenté par la grâce d’un discours formaté en un acte créatif. Par cet exemple, on mesure le type de fonctionnement des structures de l’art (FRAC), la légèreté et le cynisme de ceux qui les dirigent et les justifications en novlangue qui font penser aux sociétés totalitaires.
 

Michel HOUELLEBECQ   Plateforme (2003) : œuvre de fiction

« Au bureau, je continuais à en faire le minimum ; j’eus quand même deux ou trois expositions importantes à organiser, je m’en tirai sans grande difficulté. Ce n’est pas très difficile de travailler dans un bureau, il suffit d’être un peu méticuleux, de prendre des décisions rapidement et de s’y tenir. J’avais vite compris qu’il n’est pas forcément nécessaire de prendre la meilleure décision, mais qu’il suffit dans la plupart des cas, de prendre une décision quelconque, à condition de la prendre rapidement ; enfin, si on travaille dans le secteur public. J’éliminais des projets artistiques, j’en retenais d’autres : je le faisais selon des critères insuffisants, il ne m’était pas arrivé une seule fois en dix ans de demander un complément d’information ; et je n’en éprouvais en général pas le moindre remords. Au fond, j’avais assez peu d’estime pour les milieux de l’art contemporain. La plupart des artistes que je connaissais se comportaient exactement comme des entrepreneurs : ils surveillaient avec attention les créneaux neufs, puis ils cherchaient à se positionner rapidement. Comme les entrepreneurs, ils sortaient en gros des mêmes écoles, ils étaient fabriqués sur le même moule. Il y avait quand même quelques différences : dans le domaine de l’art, la prime à l’innovation était plus forte que dans la plupart des autres secteurs professionnels, par ailleurs, les artistes fonctionnaient souvent en meutes ou en réseaux…….

« l’exposition de Bertrand Bredaine, que j’avais soutenu depuis le début avec acharnement…..il s’était surtout fait connaître en laissant pourrir de la viande dans des culottes de jeunes femmes ou en cultivant des mouches dans ses propres excréments, qu’il lâchait ensuite dans les salles d’exposition……son dernier projet était pire que les précédents, ou meilleur, c’est selon. Il avait réalisé une vidéo sur le parcours des cadavres de ces gens qui acceptent après leur mort de donner leur corps à la science………


BAM  1998

Les Nouveaux Territoires de l’Art

« Avec la formidable explosion du vocabulaire artistique dans l’histoire de l’art la plus récente, avec l’intrusion de formes nouvelles ou de matières vieilles comme le monde mais encore inexplorées, des « post-it » de Serge Comte à la poussière entretenue et redisposée par Koo Jeong-A, l’artiste contemporain remplit peu à peu toutes les fonctions. De ce point de vue, la scène artistique française ressemble de loin à une chambre des métiers au grand complet : il y a le jardinier Michel Blazy, éleveur de mouches, d’escargots et sculpteur de plante, le gardien de but Jacques Julien qui puise dans le sport les formes de ses œuvres, l’apicultrice Marie-Ange Guilleminot, la prostituée Alberto Sorbelli, le designer automobile Alain Bublex, créateur d’un prototype fictif, l’Aérofiat, le pirate Philippe Meste qui attaqua un navire de guerre français dans la rade de Toulon….Cette multiplication des nouvelles matières artistiques, cet éclatement des figures et postures de l’artiste sont des traits particulièrement actifs de la nouvelle scène française : la volonté d’échapper aux catégories fixées, le goût de la transversalité et des trajectoires obliques amènent l’artiste sur de nouveaux territoires, à la rencontre de nouvelles matières joyeusement triturées, manipulées, assimilées.                                                                                                                             JMx.

NDLR : Le tableau ne serait pas complet si notre tintin cultureux (JMx) avait bien fait son boulot, car il connaît mal la nouvelle scène française et les invraisemblables postures d’artistes comme Albert ATTENON qui se gratte les couilles en éructant des cantiques ou comme Viola PRUNE dont les attitudes charcutières et les expositions de boudin en hommage à Rubens ont fait avancer la cause de la charcuterie dans nos espaces muséaux. Que dire de Mouloud ZAARHAOUI qui réhabilite la tradition du crachat comme acte convivial et ludique lors des vernissages ou de Lucie Faure qui place des charges explosives derrière chacune de ses œuvres afin d’obtenir des matières libres de toute prédétermination artistique.
 

L’Esthétique Relationnelle de Nicolas Bourriaud (éditorialiste à BAM et directeur depuis 2002 du Musée de TOKYO)

« Le spectateur est invité à participer à une œuvre où s’expérimentent de nouvelles relations humaines, dégagées du social. Sur la jeune scène française, plusieurs artistes s’inscrivent dans ce mouvement déterminant de l’art contemporain. Xavier Veilhan pose au centre du musée un âtre ultra-moderne, redéfinition du foyer commun. Les installations de Claude Lévêque sondent nos peurs et nos mémoires, Dominique Gonzalez-Foerster compose des chambres. Thomas Hirshhorn construit avec de l’alu des espaces où se rejoue tout le chaos du monde, Matthieu Laurette (encore lui) passe à la télé et nous invite à vivre remboursés. Fabrice Hybert va plus loin encore dans cette modification des comportements : avec ses « prototypes d’objets en fonctionnement », il convie le spectateur à de nouvelles attitudes. A Poitiers, il fait planter des arbres fruitiers au lieu des éternels arbres décoratifs et propose ainsi une nouvelle relation entre la ville et la nature. Déployant toute une gamme de possibles socialités, usant de son imagination contre la torpeur d’une société figée, cette nouvelle génération de créateurs montre une étonnante maturité, un sens aigu des responsabilités et redonne à l’art la vocation d’agir. »

 

L’expérimentation de nouvelles relations humaines, c’est bien gentil …..mais ce n’ est pas nouveau et puis j’ai l’impression que l’expérimentation se fait surtout avec les copains. J’ai également beaucoup de méfiance pour les relations humaines qui se définissent à toutes les époques à travers  deux vecteurs indissociables : le fric et le cul. Surtout dans notre société post-moderne et dans le milieu artistique, alors je crains pour mes orifices. Quant à la qualité des artistes, il existe une méthode sûre de dire que l’on est incontournable, c’est de le décréter ! Comme le terroriste qui désigne ses victimes, le critique d’art désigne qui est digne d’intérêt. Etrange et bizz(ness)are !

« Fabrice Hybert fait régner dans UR, son entreprise artistique qu’il gouverne comme une holding à la fois ultra-capitaliste et terriblement humaine, un humour insaisissable, une frivolité enivrante qui modifie nos comportements. On joue beaucoup dans l’œuvre d’Hybert : avec son ballon carré ou sa balançoire à phallus……. »

« Un collant Wolford transformé en sac à dos, deux boîtes de bouquiniste installées à Paris et New York, un rucher producteur de miel….Avec des objets simples mais chargés d’émotion, cette artiste invente un capitalisme affectif…… »

« Ultra capitalisme, capitalisme affectif, balançoire à phallus…. et le terrorisme ludique aussi inutile qu’indispensable qu’en faites-vous ? A quand un concerto de Kalachnikov dans les fondations muséoculturelles ?  

Fin de la première session qui donne en quelques exemples l’étendue du désastre. Imaginez un instant les dommages collatéraux occasionnés par ces artistes et ceux qui les soutiennent. On voit déjà fleurir des clones régionaux de ces artistes. Ça promet bon nombre de créations stupides, coûteuses et inutiles à venir dans bon nombre de villes ayant une prétention culturelle. Si le ridicule tuait, il y aurait beaucoup de morts et nous pourrions ainsi mettre en scène les cadavres de ces pauvres malheureux dans l’espace de nos musées… Ce sera le thème d’une prochaine session car l’art contemporain a également de sérieux liens avec la violence, le sadisme ou le morbide (toujours avec ce prétexte théorique de rendre compte ou de condamner). A quand le meurtre artistique ou le viol ludique ? Mon petit doigt se dresse pour me dire que les contingences sont créées pour son occurrence. Wharf… Wharf…Wharf.

                                                                                   Phil DONNY

Jean-François DONNY : « Les Chiens Ecrasés »  roman

 

« Ces prestigieuses exhibitions, c’est triste à dire, ne s’adressaient qu’au même cénacle d’habitués. Faute de culture artistique, le public local se tenait à l’écart, rétif à l’aventure créative, et avait tendance à considérer, globalement, que l’argent placé dans l’art était de l’argent jeté par les fenêtres. Ce n’était pas mon avis bien qu’il me fallût admettre que la création artistique contemporaine était déroutante à plus d’un point de vue. Malgré les subventions et les appuis officiels dont elle bénéficiait, elle revenait à la tête du public comme un boomerang merdeux.

            Plus nous marchions vers le futur, moins les artistes faisaient d’efforts. Un objet recyclé, un monstre rafistolé, un gimmick technologique et hop ! c était une œuvre. Vite fait bien fait ! J’ai vu un concepteur exposer de vieux ressorts de sommier vaguement soudés ensemble ; j’ai vu une plasticienne modeler en plâtre le ventre de femmes enceintes. C’était confondant. J’ai vu un collectif d’artistes, ce sont souvent les pires, exposer une bâche en plastique dans une cabine de chantier transformée en galerie d’art itinérante, laquelle galerie était transportée de ville en ville par un camion grue généreusement financé par la région et par la DRAC. Une installatrice, ailleurs, présentait des ruches, des morceaux de grillage, un nid, des plumes, des chutes de papier au prétexte qu’elle trouvait ces objets jolis et qu’elle les avait obtenus gratuitement. Je ne citerai pas de noms, par charité.

            Je quittais ces expositions animé d’une rage sourde et d’une envie de fracasser quelque chose, une ruche, pourquoi pas ? d’autant que j’avais observé quelques bien-pensants qui, un gobelet à la main, commentaient avec componction la trouvaille géniale qui consistait à avoir posé une pelote de fil de fer barbelé sur un parpaing.

            La vacuité et la prétention de ces « easy-made » devait forcément se légitimer par de pompeux discours : « charge totalisante…approche cinéstatique....objectivation de la surface..

stimulation des signaux.. dessin-projet . valeur de signe anthropologique…attribut existentiel

intime…..

 


PROPOS DEBORDANTS

 

Will SELF (écrivain anglais né en 1959, a publié « Dorian »)

 

« Nous vivons dans une culture de la superficialité. Le responsable ? Andy Warhol. Je défie quiconque de rester planté deux heures devant un de ses tableaux représentant une boîte de soupe Campbell. Warhol a détruit l’idée du caractère unique d’œuvre d’art.

« En ce qui concerne l’art contemporain, je dirais que nous vivons en ce domaine une période essentiellement décadente, dans la mesure où nombre d’artistes ne font que se livrer à un travail de recyclage. »

« C’est tout le problème de l’art actuel, qui privilégie le plus souvent l’idée au détriment de la création. Pratiquer un art nécessite d’en connaître les techniques. Il y a aujourd’hui, quantité d’artistes ou qui se proclament tels, qui ne savent même pas dessiner. »

« Il n’est pas indifférent de remarquer que tous ces artistes (les Young British Artists comme Damien Hirst, Marc Quinn) ont été promus par Charles Saatchi, un roi de la pub ! »

 

Maurice Le DANTEC  écrivain français né en 1959 (extrait de « Laboratoire de Catastrophe Générale »)

« Bref, tous ceux qui n’en pouvaient plus de bouffer du sous-Warhol en boîte, du Keith Haring en bombe, du Basquiat en seringue, du Buren en rayure, du Fluxus en flux tendus, du Schnabel en linéaire ou du Manzoni en bâton (de merde) se voyaient illico frappés de l’anathème ultime, et fort pratique, de « fasciste » ou de « réactionnaire ». ».

« La dégénérescence accomplie du « réseau » de l’art contemporain, la sinistre aporie des « démarches » justificatives et des inquantifiables discours explicatifs cachant le vide insignifiant d’ « œuvres » clonables à répétition, sous-objets d’ « artistes » devenus à la fois le centre et la périphérie de leur existence infime, éphémère et sans plus la moindre « aura »… ».

« En clair, de la même façon que les nouveaux romanciers trouvaient le cadre de la narration classique trop étroit, on s’attaqua à la représentation figurative, puis à toute représentation, voire toute présence, puis osant dépasser ma confrérie dans l’absurde, on vit des gens vouloir faire de la peinture sans tableau, sans pinceau, et pourquoi pas, sans peintre. ».

« Je ne reviendrai pas sur cette anomalie monstrueuse qui donna naissance à ce complexe mercantilo-culturel, mais il importe de souligner que c’est dans la France mitterrandienne qu’elle a atteint d’emblée sa forme finalisée, et effrayante, celle du cadre de gestion culturelle, ce « commissaire » new look chargé de policer les esprits. »

 

Philippe MURAY  essayiste français né en 1945 (extrait de « Désaccord Parfait »)

« On a pu voir le chantage au cœur s’étendre aux arts plastiques, et les artistes contemporains s’affirmer intouchables puisque s’efforçant comme tout le monde, de réduire « la fracture sociale ». ».

« Toutes les bêtes à Bon Dieu du « dérangeant », du « subversif », de l’ « anticonsensuel » et du « politiquement incorrect » sont aux postes de commande pour imposer la Culture comme consensus anticonsensuel, le dérangement comme routine artistique, la subversion sous subventions, et la provocation en paquet-cadeau dans lequel toutes les bonnes causes médiatiques sont présentées comme des conquêtes radieuses mais aussi dangereuses pour l’esprit. »…. « Sous couverture « frondeuse », ils peuvent continuer tranquillement leurs exactions mafieuses….C’est à l’abri de ce label qu’ils continuent à s’occuper du marché et qu’ils calculent leurs intérêts. »

« Quand l’ensemble des confiscateurs de toute parole répète qu’il est merveilleusement incorrect d’être artiste, tout en faisant l’éloge émerveillé de la « création contemporaine », c'est-à-dire de la plus flagrande des soumissions. »

« Il me suffit d’exhiber mes blessures et d’appeler ça de l’art. Reconnaissez mes blessures comme de l’art et taisez-vous ! »

« la confusion organisée des sexes (alors qu’un bon romancier est toujours un très ferme différenciateur des sexes) ; la propagation homophile acceptée lâchement comme style de vie général (« on est tous un peu homos ») ; le devenir nursery-monde du monde, l’infantilisation généralisée (devant « l’intérêt de l’enfant », qui oserait ne pas s’agenouiller ?) ; la vitesse médiatique, en opposition avec la lenteur nécessaire aux arts……la culture englobant les différentes disciplines artistiques et les réorientant vers une finalité résolument touristique, à l’intérieur du nouvel ordre social lui-même touristique ».

« Au milieu de ce climat de nihilisme rose, nuance layette, qui n’en est qu’au début de son épanouissement et qui repose, comme tout nihilisme, sur l’idée d’une innocence originelle (et bafouée) de l’être, l’ironie devient plus condamnable que jamais, l’humour aussi, l’équivoque, l’instabilité du jugement, la critique, l’interrogation, le négatif radical, bref la pensée, et plus généralement la littérature. »

« Une nouvelle institution persécutrice est en train de s’installer tout doucement : l’ère des bons sentiments, où quiconque osera émettre une opinion discordante, non alignée, pas aux normes hygiéniques et idylliques, se retrouvera en état d’accusé au nom de l’intérêt général. »

 

Yves MICHAUD : « La Crise de l’Art Contemporain » paru en 1997

 

« Les tentatives métathéoriques pour reconstruire une rationalité esthétique ne manquent pas, mais leur échec est patent. En revanche, les théories qui pluralisent la conduite esthétique et la relativisent, se portent, elles, bien. Bref, il ne s’agit pas d’une CRISE de l’ART mais d’une CRISE de notre REPRESENTATION de l’ART et cette crise est double : elle touche le concept d’art et nos attentes envers lui. »

« Les sociétés démocratiques et capitalistes se sont développées depuis le 18ème siècle autour de trois utopies, l’utopie de la citoyenneté démocratique, l’utopie du travail, l’utopie de l’art. »

« L’art s’est autonomisé comme art dès le milieu du 18ème siècle ; il s’est séparé de l’artisanat, des arts appliqués, il est devenu l’Art avec un grand A, non pas pour des raisons esthétiques mais pour des raisons sociales : lorsqu ‘il est devenu un objet goûté et discuté par un public d’amateurs. »

« Ce dont l’art (et pas seulement l’art contemporain) tient lieu, c’est d’un motif de croire en une sympathie et une communication, c'est-à-dire au sens kantien, en des principes de sociabilité qui ne tiendraient ni à la religion, ni à la nation, ni à la langue, ni à la parenté, ni à l’intérêt, ni à la dépendance du commerce, ni à la raison. L’esthétique définirait, pour ainsi dire, une politique négative, celle du rêve……….Peut-on vraiment asseoir la communauté sur ce principe imaginaire ? »

« L’Art continue à être présenté comme une source de légitimation et de motivation qui pourrait réenchanter la vie sociale, mais il s’agit là d’un mirage. »

« L’idéologie de l’Etat culturel repose toujours sur ces idéaux, et comment pourrait-il en être autrement dès lors que l’on prétend administrer la culture !

« Qu’est-ce que l’Etat peut bien avoir à voir avec Duchamp, Warhol et le minimalisme ? En quoi est-ce que ça le concerne ? »

« Parce que nous vivons sous le dogme de l’Etat culturel bien plus que sous le signe de l’Etat social, ou de l’Etat démocratique. Et si on émettait l’idée simple qu’il ne serait pas plus mal que l’Etat s’occupât plus de social, plus de démocratie, plus de ce qui le regarde, et un peu moins de ciment social à teneur culturelle ?

« La création contemporaine n’est pas vraiment un ciment social, et c’est une escroquerie de continuer à faire croire que Buren, Duchamp, Viallat, Soulages, César, la commande publique, les centre d’art et les installations « pointues » contribuent au ciment social ! »

« La démocratisation culturelle se poursuivra. Ses effets de dédifférenciation aussi. Le parc de la Villette, avec sa programmation de « grand bazar » représente mieux l’avenir que le centre Georges Pompidou. »

« L’idée d’une Grande Esthétique pour un Grand Art est la machine fictive et terroriste destinée à nier cette réalité plurielle des comportements artistiques et esthétiques. Elle est corrélative des entreprises pour nier la diversité des groupes au sein de l’espace social. La tâche de ceux qui aiment l’art pour lui-même et non comme une religion est de dénoncer la comédie du Grand Art. »

 


AUSHWITZ s’invite chez les élites

 

Professeur Gunther Von Hagen

Article paru dans « Le Nouvel Observateur » 2003 signé de François Caviglioli

« En 1977, il invente la « plastination ». Une technique de conservation des corps par polymérisation. Résultat, des cadavres d’aspect réaliste qui ne puent pas. En 1990, il « plastine » son premier corps, 1500 heures de travail, 400 000 euros. »

« Il se fournit à l’académie de médecine de Bichkek, la capitale du Kirghizistan. ».

« Dans l’Atlantis Gallery, attenante à l’université de Brick Lane, il a installé une expo de cadavres et de débris humains qu’il a rôdée un peu partout, au Japon, en Suisse, en Belgique, en Autriche. Ses pièces maîtresses : un joueur d’échecs penché sur son échiquier, le crâne décalotté et le cerveau à l’air, en train de calculer un coup qu’il ne jouera jamais ; un cavalier, le corps écorché, les volumes musculaires visibles et saignants, le crâne coupé en deux, à califourchon sur un cheval écorché lui aussi et tenant son cerveau dans une main et un fouet dans l’autre ; et enfin la plus spectaculaire de ses œuvres, une femme enceinte de huit mois, l’utérus fendu révélant un fœtus. »

 

Les réactions

« Il se croit investi d’une mission : apprendre au monde que la mort est le terme naturel de la vie. Alors qu’il n’est qu’un entrepreneur de spectacles et un trafiquant de macchabées. »

« Von Hagen est l’héritier de Jack l’Eventreur. Dans une Angleterre qui rejette ses marginaux, Peter Meiss (le macchabée désigné comme un « german tramp ») mérite la mort comme les prostituées victoriennes parce que c’était un chômeur et un mauvais pauvre. Le professeur Von Hagen est là pour le tuer une seconde fois et s’acharner sur son corps. »

 

Zhu Yi ( artiste chinois)

Même source « Le Nouvel Observateur ».

« Il dévore en direct un enfant mort-né. ».

« Zhu Yi, dont la première œuvre a consisté à greffer un morceau de sa propre chair sur un porc en décomposition, appartient à cette école sombre et morbide qui est née au début des années 1990. Elle regroupe les artistes du désespoir et de la négation universelle. Des artistes qui n’en sont plus à maudire ou à combattre leur régime ou leur société, mais qui exècrent leur condition d’êtres humains, d’êtres vivants. »

tout cela se passe sur Channel 4…..

« La chaîne a offert en prime un mec en train de boire du vin aromatisé où avait mariné un pénis. ».

 

Sexe, crachats et imposture (article paru dans le Nouvel Observateur déc2004-janv 2005)

Il s’agit de spectacle de danse.

« Ils se couvrent de crachats ; des filles, sexe ouvert, urinent sur scène ; un gars pisse dans un verre pour boire ensuite son urine sous le nez des spectateurs ; masturbation collective et insultes au public : c’était « The Crying Body, spectacle de Jan Fabre d’un infantilisme affligeant et d’une consternante vacuité….. »

« Crachats encore la semaine suivante, et sur le même plateau, avec séances d’automutilation sanguinolentes dans le spectacle de Wim Vandekeybus, « Sonic Boom », à peine moins complaisant que celui de Fabre, d’un même ennui mortel, et où soufflait un même vent malsain de sadisme et de totalitarisme…. »

« Voilà ce qui aujourd’hui se nomme « danse » et dont la prolifération à terme, va vider les salles. ».                                                                           

                                                            Raphaël de Gubernatis
 

Exposition Christoph Draeger et Sam Samore (Galerie Anne de Villepoix)  Nouvel Obs fév 06

« Sur des puzzles géants, CD, un jeune artiste new-yorkais, a projeté des photos qui témoignent du 11 sept, d’un tremblement de terre, d’inondations. Des immeubles s’effondrent, les villes sont en ruines, mais les pièces du jeu donnent une étrange vibration à ce que l’artiste appelle « the most beautiful disaster in the world »

Quant à Sam Samore, il est mille et une fois l’acteur, le metteur en scène et le photographe de on propre suicide : une parodie débridée, où la mort devient création, jeu imagination et suspense. »

 

Exposition Arnulf Rainer  Galerie Lelong    Nouvel Obs fév 06

« Pour cet artiste autrichien, la création est d’abord une destruction. L’artiste doit être en permanence cet héroïque négateur, car il est le croyant déclare-t-il.

 

Des ready-made métonymiques  (article sur Damien Hirst - ART PRESS N° 268)

« Quand Duchamp choisit, mettons une roue de bicyclette, il ne fait aucun commentaire sur, par exemple, l’importance des exercices physiques. Quand il retient un peigne, ce n’est pas pour dire ce qu’il pense de sa coiffure personnelle. Sa pelle à neige n’implique aucun message sur les vicissitudes du climat et leurs conséquences sur la destinée humaine. Bref, la fonction du ready-made n’est pas chez lui métonymique. L’objet ne sert pas à tenir un discours sur des sujets auxquels il peut être associé. Plus importante encore que l’indifférence déclarée de Duchamp pour ce qu’il appelait le bon goût est son indifférence implicite à l’égard du sens de son choix de ready-made.

Hirst, quant à lui, n’est peut-être que le représentant le plus grandiose d’une tendance devenue de plus en plus notable dans les œuvres récentes tournant autour du ready-made : les objets sont avant tout choisis pour évoquer des significations qui leur sont associées…….Sans syntaxe pour articuler leurs relations, des objets ne peuvent tenir aucun discours sur un quelconque sujet……Si ce que l’œuvre de Hirst dit de la médecine et de la maladie n’est guère plus que des clichés, c’est avant tout parce que le langage avec lequel il désire nous parler est si rudimentaire qu’il constitue à peine un langage. »

                                                                                                 Barry SCHWABSKY

 

ART PRESS

A propos d’Alberto SORBELLI, connu pour interpréter 3 personnages : le secrétaire, la prostituée et l’agressé.

« Racoler dans les musées, révéler les désirs inavouables qui bruissent dans les salles historiques, revient surtout à réactiver les modes de réception de l’art en suscitant des situations inter-relationnelles. »                                                                     Laurence LOUPPE

 

 

La Monumentalité

A propos des œuvres de Damien HIRST (ART PRESS N° 268)

« Il est certes difficile de contester que la force de nombre de pièces vient de leur aspect impressionnant, de leur monumentalité exagérée, et que cela est aujourd’hui inséparable de l’impression qui a nécessité des capitaux considérables. »                     

 B.S

 

La littéralité

A propos des peintures en couleur de Marc DESGRANDCHAMPS (AP N° 268)

« Dans le domaine de l’art contemporain, nous sommes constamment confrontés à des œuvres qui se caractérisent par une littéralité revendiquée : une forme (ou pas) réceptacle d’un message (et un seul) dont la teneur porte en général sur la critique de la société de consommation, la mondialisation….. Tous ces discours, je ne les retrouve pas dans les œuvres de Desgrandchamps. Dans leur vaillant refus de tout discours, elles n’ont besoin d’aucune béquille. »                                                                                                      

Richard LEYDIER

 

L’entropie

« Les tableaux de Marc Desgrandchamps me fascinent parce qu’ils m’offrent une vision inédite, productrice de mondes étranges où humains, animaux, végétaux et minéraux voient leur destin scellé par l’entropie. »                                                                  

 R. L

 

Egocentrisme et messianisme Cul-turel

 

« Une entreprise de falsification de la mémoire est en cours. Il est important, pour la contrer, qu’en ce début de siècle des sujets singuliers, fassent retour sur leur propre histoire. Plusieurs livres, chacun à leur façon, témoignent de la manière dont des corps libres, ont traversé une époque et ont été traversés par elle. « La Vie Sexuelle de Catherine M. », est un récit autobiographique d’une grande audace sans équivalent dans l’histoire de la littérature érotique……..

Extraits

« …et c’est peut-être dès ce moment là que j’ai appris à me sortir de l’embarras en plongeant le visage vers l’entrejambe et en prenant la queue dans ma bouche… »

un épisode avec deux noirs : « Ils avaient des mouvements assez lents, de longues queues effilées comme je n’en avais jamais vues…Je crois bien que cette fois là, j’ai pris le temps de ressentir complètement le patient forage….Puis ils m’ont remerciée quand nous les avons quittés, avec la justesse qu’ont les hôtes sincères, et le souvenir que je garde d’eux est empreint d’affection. »

« Alors, je pouvais rester là deux ou trois heures. Toujours la même configuration : des mains parcouraient mon corps, moi-même j’attrapais des queues, tournais la tête à droite et à gauche pour sucer, tandis que d’autres queues se poussaient dans mon ventre. Une vingtaine pouvait se relayer pendant la soirée. »

« Claude avait une belle bite, droite, bien proportionnée… la bite de Ringo était plutôt de la famille de celle de Claude, celle du garçon timide plutôt de celle d’André.. »

                                                                        extraits tirés d’ART PRESS N° 268

 

L’expérience de la durée

Par ailleurs, l’expérience de la durée implique la notion de montage, qui consiste à ordonner, créer des séquences, mettre en place des raccords ; en bref, le contraire du zapping généralisé qui semble régir notre culture. L’expérience fondatrice de l’art des années 90, c’est ce concept très deleuzien de l’art comme agencement des durées, comme banc de montage alternatif de la réalité sociale.

« Beaucoup d’artistes contemporains utilisent des structures du passé, des objets et des formes historiquement datés, pour les charger de nouveaux contenus.