LA REVOLUTION CACA

De DADA à CACA : bilan critique du post-modernisme et de la société qui le produit.

     Le monde de l’art et le monde tout court vivent depuis plus de 200 ans sous le règne du nouveau lequel est traduit par des révolutions. L’art moderne naquit de la révolution impressionniste qui entraîna le fauvisme puis le cubisme. Il y eut ensuite la révolution Dada, le suprématisme et aujourd’hui, les adeptes du postmodernisme nous proposent une révolution chaque jour.

     Sous cet aspect du nouveau pour le nouveau (la radicalité), se cache l’attitude la plus conformisme et la plus rétrograde qui soit. Cette posture intellectuelle qui consiste à trouver génial un artiste qui encule les mouches ou un autre qui boit de la pisse d’âne dans un musée réputé nous emmerde profondément d’une part et nous éclaire sur l’escroquerie mondialisée qui se joue sous nos yeux, d’autre part. Pour nous amuser de ce conformisme « révolutionnaire » qui fédère Catherine Millet et François Pinault, nous avons joué le jeu de la révolution, nous aussi. Après des décennies d’errements et d’ennui, voici la vraie révolution : la révolution Caca, celle qui est née en 2004 à Loupmont (Meuse), celle qui va foutre dehors ces escroqueries artistiques. Sérieusement drôles ou drôlement sérieux, les trois textes qui suivent  vont bouleverser le monde et notre espèce durablement

 

1 - LE MANIFESTE CACA

2 - LE DOGME (le 3D ou DONNY’S DIRTY DOGME)

3 - PRELUDE A LA GUERRE LUDIQUE

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CHARTE ARTISTIQUE DU PRESENT (06 mai 2010)

APPEL DU 26 JUIN 2010 (LOUPMONT'S CALLING 55)

 

1 - LE MANIFESTE CACA:   (26 juin 2004)

de Phil DONNY
Fondateur du FRAC (Fonds Régional des Artistes Caca)
Directeur du FORNIC (Fonds Organique et Révolutionnaire
des Nématodes Investisseurs deConcepts)
Président de la DRAC Lorraine (Direction Régionale de l’Action Compostuelle)

rendu public le 26 juin 2004 à LOUPMONT (55)
 

Le manifeste qui va suivre, prend ses racines dans l’histoire de l’art de nos pays occidentaux et prolonge dans ses fondements théoriques les principes mis en pratique en 1913 par Marcel Duchamp et les conceptions dadaïstes de cette même époque.

Marcel Duchamp, porta une attaque insidieusement diabolique contre toute la tradition de l’art occidental. Choisissant un objet quelconque, un entonnoir, un porte-bouteille, une roue de vélo ou un urinoir, Duchamp, par son choix et le simple fait de le signer, l’arrachait de son contexte « utilité » pour l’élever au rang d’œuvre d’art. Ce sont les fameux readymades qu’André Breton résuma de la façon suivante : « les readymades sont des objets manufacturés promus à la dignité d’objets d’art par le choix de l’artiste. ».
Pour expliquer le fait qu’il ait exposé un urinoir en le baptisant fontaine, M. Duchamp déclare : « Que j’ai fabriqué la fontaine de mes propres mains ou non est sans importance. Je l’ai CHOISIE. J’ai pris un élément ordinaire de l’existence et l’ai disposé de telle sorte que la signification utilitaire disparaisse sous le nouveau titre et le nouveau point de vue. J’ai crée une pensée nouvelle pour cet objet. ».
 

    Cette grande révolution artistique dont le but principal était d’échapper à la tradition, de sortir du piège rétinien et du concept d’art avec un grand A démantela l’art occidental conçu comme création originale, comme autorité. On connaît aujourd’hui un grand nombre d’artistes contemporains qui se réclament des principes de Duchamp, qui privilégient l’idée au détriment de la création et se livrent à un travail de recyclage en se contentant de sélectionner et d’assembler les éléments de ce monde désenchanté et réduit à l’état de readymades. Ces artistes, hautement encouragés par la spéculation boursière (les artistes Cacapitalistes Décadents) et par les institutions culturelles (les artistes Sub(versifs) – Sub(ventionnés), sont devenus des artistes officiels sans grand intérêt. Le résultat est une production d’objets hétéroclites et de positionnements étranges pour apparaître novateurs. Certains assemblent, compressent, élèvent des mouches, des escargots ou sculptent des plantes, emballent des monuments, chient dans des boîtes de conserve, enculent des stars du porno alors que d’autres autopsient des cadavres, fixent la poussière, vaporisent des odeurs, conçoivent des brouettes emplies de frites ou fabriquent des courroies dont les dents sont constituées de moulages du clitoris de l’artiste. L’ « artiste » Alberto Sorbelli utilise son corps comme objet artistique, un autre utilise son anus comme une chambre noire, tandis qu’une célèbre critique d’art, Catherine M., partage son intimité en reprenant le concept warholien de la répétition. Le corps lui-même devenant un objet readymade comme un autre, certains artistes n’hésitent pas à confronter leur propre corps ou celui d’autres personnes à leur démarche « plastique ». Un artiste belge tatoue des porcs, un autre intervient sur le patrimoine génétique d’un lapin ou coupe des veaux en deux, un célèbre docteur plastinifie des cadavres tandis qu’un autre soumet un chien à la mort lente dans une galerie d’art. A quand l’exécution d’êtres humains au nom de l’art ? En multipliant les figures et les postures, en investissant toutes les fonctions, l’artiste devient n’importe qui : médecin, apiculteur, avocat, policier, militaire, attaché culturel, éleveur, proctologue, expérimentateur sans limite, terroriste, assassin !

    Le bilan est accablant pour les héritiers de Marcel Duchamp, lequel a donné une génération de nombrilistes irresponsables et une accumulation d’easymades monstrueux. La société libérale, laquelle n’obéit plus à aucune règle sinon à celle du marché, s’accommode de cet art post-moderne qui laisse croire à une liberté illimitée en favorisant cet amoncellement de produits culturels sans conséquences et vite oubliés. L’injonction de la nouveauté et la reconnaissance que tout un chacun peut devenir artiste, dans ce monde sans humour, a conduit à ce stade nouveau. Dada n’a pas réussi son « grand travail destructif », il n’a fait que pousser plusieurs générations et tout un siècle vers le culte du déchet. La culture d’autrefois avait conduit à un ossuaire, la culture post-dada de son côté n’a pu empêcher les crimes les plus abominables mais nous a jeté dans les bras du luxe et du commerce, ceux de la belle putain capitaliste.
La situation artistique contemporaine n’est que la métaphore de notre monde technique, celui de la catastrophe imminente, celui de l’entropie, celui du désordre à venir. Après ce siècle de terreur et juste après l’attentat barbare de 2001, c’est dans cet état de nihilisme de la pensée et d’immanence totale que je déclare la deuxième mort de l’art et l’avènement d’une nouvelle ère celle de la culture à valeur nulle, celle qui met sur le même plan, la création postmoderne humaine à celle de tout animal. C’est le nouveau paradigme, la création peut advenir de n’importe quel anus et elle devient fondementale.
 


    De DADA, qui voulait faire que l’ART soit la VIE, nous sommes passés à CACA. C’est pourquoi, aujourd’hui est un grand jour. DADA est mort, vive CACA.

    « Je vous dis, dans cette nuit aveugle, il n’y a pas de commencement, et nous ne tremblons pas, nous ne sommes pas des couilles molles sentimentales. Nous déchirons, vent douteux, les draps souillés par les anus des idoles, et préparons le grand spectacle du désastre, de l’incendie, de la décomposition….

    Que chaque espèce crie : il y a un grand travail destructif, négatif à accomplir. Balayer, nettoyer. La propreté de l’animal s’affirme après l’état de folie agressive complète d’un monde laissé entre les mains des bandits qui se déchirent et détruisent les siècles.
CACA, abolition de la logique, danse des impuissants de la création.
CACA, abolition de la mémoire.
CACA, abolition de l’archéologie,
CACA, abolition du futur
 

CACA, croyance absolue indiscutable dans tous les trouducs merdeux qui sont le produit immédiat de la spontanéité. Liberté : CACA, CACA, CACA, hurlement des anus crispés, entrelacement des vents contraires et de toutes les défécations, des pets grotesques et des inconséquences anales. CACA est une ANERIE ! CACA revendique la MERDE ARTISTIQUE , CACA est pour le changement, la métamorphose et la transformation. L’œuvre n’est plus extérieure à l’artiste, elle n’est plus cette idée prétentieuse, MORT au cerveau, MORT à la Pensée ; elle est le produit de l’artiste, elle est le produit de ses entrailles , les organes sont ses lieux de création ; suprématie de l’ORGANIQUE sur l’INTELLECT.


    Aujourd’hui, l’art fait un grand pas et une barrière va disparaître. Aujourd’hui est le jour de la suppression de la prétention HUMAINE à la création, c’est pourquoi, conformément aux principes que j’ai évoqués tout à l’heure, je déclare et proclame Bourriquet BELLEQUEUE, appartenant comme l’homme à la Classe des Mammifères, à l’Ordre des Périssodactyles, à la Famille des Echidés, à l’espèce Ane, je le déclare Artiste Créateur et considère toutes ses créations comme hautement artistiques. B. BELLEQUEUE devient à partir de ce jour le premier artiste du règne ANIMAL. C’est la prétention humaine à la création qui vient de tomber ce soir et comme Richard HUELSENBECK, il y a 88 ans, je peux déclarer :

    « CACA convient exactement à notre but. Ce petit tas de merde fait par tout animal, montre ce que notre art a de neuf, de primitif, en fait qu’il commence à zéro. Nous ne saurions trouver mieux. ».

Bourriquet BELLEQUEUE : 1er Artiste du Règne Animal

Artiste Herbivore (du Mouvement CACA) en Résidence à LOUPMONT
 

 

2 - LE DOGME (le 3D ou DONNY’S DIRTY DOGME) 2005



1er Dogme : Les Affaires sont les Affaires
 

En quelques mots et en reprenant le principe libéral du post-modernisme*, nous nous en remettons au principe que tout ce que produit un artiste est artistique et que « tout se vend ». Ce principe de recyclage et de valorisation capitalistique de toute notre production personnelle fait de nous les adeptes d’un hyper-capitalisme prospérant de tout ce qu’il génère. C’est la base de notre catéchisme artistique, il légitime toute notre production allant du produit fini à valeur entropique faible (objets de valeur muséale traditionnelle tels que tableaux, dessins, sculptures ou écrits) au produit vulgaire à valeur entropique forte (objets de valeur muséale moderne tels que étrons, crachats, débris, invectives, participations à des talk-show, slogans réducteurs ou injures). Des produits à valeurs eschatologiques aux produits à valeurs scatologiques, tout fait art pourvu qu’ils proviennent de l’expression de notre identité personnelle et qu’ils répondent au paradigme de la société libérale : le profit et la valeur d’échange qu’ils apportent. C’est le dogme premier.


2ème Dogme : Toute Critique est Interdite
 

Renonçant à la quête de la vérité ou du savoir, laquelle n’intéresse personne dans ce monde et qui, de surcroît n’apporte aucune richesse et aucune reconnaissance sociale, nous nous engageons fièrement et libérés de toute contrainte sur la voie de la libre entreprise individuelle. En l’absence de toute considération morale, la valorisation de nos produits sur le marché reste notre seul souci, ce dernier fonctionnant comme le seul thermomètre ou régulateur digne de respect. Se soumettre aveuglément aux règles de celui-ci comme à une puissance supérieure, obéir à cette loi invisible ressemblant à la loi divine, assure notre participation à l’édification de l’empire du « bien ». Nous nous interdirons toute critique ou toute contestation pouvant blesser ou traumatiser, de la même façon nous ne tolérerons aucun commentaire ou remarque désobligeante à l’encontre de notre créativité. Toute négativité à l’encontre d’une expression personnelle sera perçue comme une remise en cause du dogme premier donc elle sera fermement combattue car n’importe quel projet trouve nécessairement un public à qui plaire. Tout jugement de valeur est ainsi proscrit, seule compte la marchandise, objet fétiche qui légitime notre adoration. Chacun se métamorphose en créateur et consomme le monde sans aucune considération morale.
 

3ème Dogme : L’Organique réconcilie Culture et Nature :
le Manifeste Caca et l’Esthétique Fondementale
 

Le Dogme troisième est rendu possible dès que le Dogme premier et le Dogme second sont appliqués. On peut dire qu’il découle des deux autres.
Les avancées postmodernes décrites précédemment et la règle de la non critique ont ouvert cette nouvelle perspective. En focalisant leur objet d’étude sur l’Entropie et la Décomposition, assorti d’une critique radicale de la prétention égotiste de l’artiste, en décrétant que tout un chacun est un artiste, la pensée a pu accomplir ce saut fondAmental de la prépondérance du Fondement dans les processus créatifs. Le cloaque, en ce début de siècle, s’impose comme l’emblème de la réconciliation entre la Culture et la Nature. En sondant nos anus, les « gens introduits et incontournables » de l’avant-garde y ont vu le miroir de nous-mêmes. Cette avancée en terra incognita a permis d’étendre au règne vivant et non plus seulement au seul « être humain », le droit à la création. Autrefois, une œuvre comme « L’Angélus » de Millet (Jean-François), séparait l’homme du monde animal et végétal. Aujourd’hui, l’anus de Millet (Catherine) met ce monde à égalité avec nous. Cette situation esthétique nouvelle, permet de faire tomber la barrière spécifique, elle accorde à nos amies les bêtes une reconnaissance artistique et ouvre de son spéculum théorique la voie du post-humanisme. De l’artiste humain à l’artiste animal nouvellement promu émergera la crotte artistique de demain. Contrairement à ce qu’il est convenu de croire, un nouveau grand récit prend naissance, c’est le Récit du Grand Colon de toutes les créatures.

Postmodernisme : par opposition à l’art moderne, le postmodernisme postule l’impossibilité des grandes utopies. Il accepte la réalité comme étant éclatée et l’identité personnelle comme une valeur instable fondée par un grand nombre de facteurs culturels. Le postmodernisme plaide en faveur d’un maniement ironique et ludique de l’identité personnelle et pour une société libérale.

Posthuman : complexe thématique dans lequel l’influence des nouvelles technologies (informatique, manipulation génétique,….) et de la société médiatique sur le corps humain, est au centre du propos artistique.

Ces deux définitions sont extraites de « L’art d’aujourd’hui » aux éditions Taschen.

 

3 -Prélude à la guerre ludique sous la forme

d’une lettre envoyée aux candidats Jean-Pierre Masseret (PS)

et Laurent Hénart (UMP) à la présidence de la région Lorraine

Février 2010

 

Messieurs,

            Ma région (je suis né en Lorraine) a été le théâtre d’un fait de barbarie majeur au début du 20ème siècle, celui du suicide de l’Europe sur le champ de bataille de Verdun. Le déclin de l’Europe, de son influence et de sa culture a commencé lorsque la patrie de Voltaire et celle de Goethe s’étripèrent de manière industrielle et conceptuelle de 1914 à 1918. La modernité technique imposa ses diktats de statistiques et de résultats en utilisant le matériau humain comme aucune civilisation ne l’avait fait par le passé. C’est au même moment que de jeunes bourgeois, rassemblés à Zurich au Cabaret Voltaire, pendant l’exacte durée de la bataille de Verdun, entérinèrent cette défaite de la culture européenne, de ses valeurs de progrès et d’universalisme en insultant notre passé. Ce fut Dada et son cri terrifiant.

            L’Europe et la France perdirent leur leadership à partir de ce moment au profit de leur allié, les Etats-Unis. Marcel Duchamp, le grand fictif, partit sa pissotière sous le bras trouver refuge à New-York en 1917. Artistiquement, l’Amérique perçut tout de suite l’avantage qu’elle pouvait tirer de ce bourgeois et de son sympathique canular. Elle en profita pour rompre avec son imitation laborieuse de la peinture européenne et s’engouffrer dans la brèche ouverte par Duchamp et son univers barnumisé et spectaculaire. Le sens des affaires des galeristes américains associés à l’idée du scandale allait montrer sa redoutable efficacité d’autant que l’Europe sombra corps et âme de 1933 à 1945. Après le « charnier cosmique » de 1916, notre continent vécut un temps ignoble qui acheva de ruiner son avenir.

            Depuis cette date, Paris a perdu son rang de capitale des Arts  mais elle tente toujours de croire en son destin imaginé par Malraux en 1959. Dans un sursaut patriotique, celui-ci inventa à partir de ses rêves chimériques, une gnose moderniste de l’art, vrai petit livre rouge de cette religion culturelle à la française qui existe toujours et qui se manifeste de façon tapageuse dans notre région depuis quelques années.

            La situation d’aujourd’hui découle de ce bref état des lieux et de cette tentative volontariste qui unit les forces politiques de droite comme de gauche (UMPS) avec le corps des fonctionnaires chargés d’appliquer cette politique culturelle. De Malraux à Jack Lang en passant par la cohorte des ministres de la culture dont on ne se souvient plus, la machine culturelle progresse avec une morgue toute bureaucratique, ne supportant aucune critique et évacuant tout bilan objectif. Cette machine que vous financez avec l’argent public, je la côtoie depuis que j’exerce mon métier, soit depuis plus de vingt ans. Je ne suis pas le seul artiste à en connaître les excès et à vivre dans son ombre terroriste, d’autant que vous n’avez pas ménagé votre peine et l’argent public pour la pourvoir en centres d’art contemporains, en lieux culturels branchés, en Frac, en Drac et prochainement en musée Pompidou. Vous en avez, Jean-Pierre Masseret, été la victime consentante en triplant l’aide au Frac en 2006 et la victime tout court en allongeant les 4 millions d’€ qu’exigeait M. Seban en octobre 2009. Vous vous êtes couché et humilié devant le regard froid et désincarné de ces fonctionnaires et vous avez trahi les contribuables lorrains sans même obtenir de contreparties.

 

La Machine Culturelle, Mouvement Caca et Peinture

 

            Dans mon essai « La Machine Culturelle », j’avais décrit le décalage entre les discours de bonne intention sur la culture auquel le peuple a droit et la réalité perverse qui se cache sous ce voile enchanteur. Dans l’acte performatif de 2004 qui me conduisit à fonder le mouvement satirique Caca et dans les textes qui l’accompagnent, j’ai voulu accentuer le contraste existant entre le monde réel de l’art et ce qu’il prétend être par le discours. Dans ma pratique de la peinture, combattue violemment par les iconoclastes de Beaubourg, héritiers d’une tradition qui n’est pas la mienne, j’ai tenté de réenchanter un monde qui ne l’était plus. C’était peine perdue ! Le 20ème siècle fut le siècle de la Shoah et il fut aussi celui du génocide de l’art de peindre, art multimillénaire que des idéologues fanatiques ont voulu liquider. Faire table rase du passé et s’embarquer sur le raffiot de Malevitch et Duchamp nous a conduit sur ce champ de ruines, celui de la peinture minimale, monochrome, de la bande de 8,7cm, du tableau qui n’existe pas (il est au Frac Lorraine), du vide, de l’éphémère, de ce camp de concentration plastique. Pour donner le change à cette sinistre autodestruction, à ce naufrage civilisationnel, vous vous êtes empressés l’un et l’autre de transformer nos villes en défilés ludiques, en gay pride colorées et en kermesses artistiques, dernier mensonge lucratif pour faire croire que votre monde virtuel peut nier tout réel. Les festivocrates que vous êtes claquèrent le fric et amusèrent le peuple. Cette ivresse eut lieu en 2005 à Nancy, elle se poursuivit en 2007 avec Luxembourg 2007 et elle s’exprima laborieusement cet été 2009 à Metz, par des décorations dignes d’enfants d’une école maternelle. Il est vrai que l’infantilisme qui guette l’art contemporain trouve son meilleur allié dans le gâtisme d’une classe politique se réclamant toujours de Malraux.

            Perdue dans ses chimères, une élite politique et intellectuelle, adossée à une administration colbertiste toute puissante a continué à faire croire que la France était le centre du monde. Face à la mondialisation libérale, cette exception française vole en éclats et met nos certitudes à mal. Difficile d’échapper aux marchés spéculatifs de l’art, à l’éclatement des publics, à la concurrence internationale, à la montée des nouveaux médias et des expressions culturelles multiples. Notre pays est le moins bien préparé pour subir ce choc avec l’extérieur et il n’y a plus guère que nos trois mousquetaires de Beaubourg, Alain Seban, Alfred Pacquement et Laurent le Bon pour croire en ce mensonge. D’ailleurs, ils n’y croient même plus eux-mêmes et depuis longtemps leur mission de service public cautionne la spéculation la plus honteuse. Ce sont eux qui ont accueilli Jeff Koons à Versailles, aidés en cela par votre ami le conseiller régional Jean-Jacques Aillagon. Dans le cadre de Monumenta 2008, c’est l’artiste américain Richard Serra, forgeron préféré de François Pinault, qui eut droit à tous les honneurs et Laurent Le Bon n’a-t-il pas organisé à Beaubourg, une exposition sur le vide, entièrement vide en mars 2009! Même le journaliste du Nouvel Observateur n’a pas été convaincu par la pertinence du propos sauf à constater que les caisses, elles, étaient vides ! A ce niveau de connaissance et quand l’art se confond à un tel point avec la spéculation, j’affirme haut et fort que nous avons affaire à un hold-up organisé et que vous en portez la lourde responsabilité. Dans le contexte économique de déclin, de désertification économique, de montée du chômage, de manque d’infrastructures routières et ferroviaires, de contraintes écologiques, de misère artistique (la Lorraine se classe en 16ème position en termes de nombre d’artistes) et de déficits monumentaux, j’imagine mal votre stratégie de développement. Dans un tel contexte, je pourrais vous suggérer d’exiger de Laurent le Bon 500 000 visiteurs à Pompidou, histoire de vérifier son talent et s’il n’y parvient pas, de punir le coquin !

La guerre ludique pour en finir

 

            Je crois qu’il est temps de nous séparer et de vous laisser tout à votre bonheur de développement économique et culturel, en compagnie de vos fonctionnaires d’élite. Alors que vous volez en rase-motte au dessus des électeurs pour récupérer leur voix, exercice conventionnel lié à toute élection « démocratique » qui vous fera roi pendant 5 ans, je préfère vous dire ma vérité, celle du réfractaire à ce double jeu « démocratico-culturel » qui perdure depuis 50 ans et qui n’atteint pas ses objectifs. Cette farce de l’art qui se passe loin du public a depuis 30 ans anticipé la farce financière qui vient de se jouer sous nos yeux et qui met gravement notre avenir en jeu. Les joueurs, les imposteurs de l’art contemporain triomphent chaque jour avec le cynisme de ceux qui possèdent une Rollex et qui nous promettent la lune. C’est pour mieux me libérer de ces entraves et des petitesses de ce monde qui fait dada sur son bidet et qui contemple avec narcissisme sa merde cotée en bourse que je déclare la guerre ludique ouverte. Il est temps de dire non à tous ces artistes du Nasdaq, il est temps de se libérer les entrailles de cette merde artistique, celle des Jeff Koons, Damien Hirst, Paul Mac Carthy, Daniel Buren, Bertrand Lavier, Luc Boltanski, Annette Messager, Sophie Calle et de secouer le joug de cette administration française, budgétivore, sectaire et inefficace. « Un jour, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l’ai trouvée amère. Et je l’ai injuriée » a écrit Arthur Rimbaud dans l’euphorie de son époque, juste avant le cataclysme culturel de l’Europe. Aujourd’hui, j’aurais envie d’asseoir un fonctionnaire de Beaubourg sur mes genoux, de le trouver impoli et méprisant. Puis de l’injurier copieusement.

            Un art qui n’a pas de perspective, pas de cadre défini, qui n’obéit à aucun critère objectif conduit à cette impasse du n’importe quoi artistique où l’imposture triomphe avec même temps que celle des marchés. Une politique qui n’a pas de perspective, pas de cadre précis conduit à cette situation irrationnelle et catastrophique de l’économie mondiale et à croire que la Lorraine a pour point de perspective le Luxembourg. J’ai depuis 2004 développé une réflexion et proposé une création qui posent toutes ces questions, celles des valeurs, du Sacré Chœur de Jésus* et du sens à donner à ce monde désenchanté. Certains me trouvent radicaux, ils ont tort et quand bien même je le serais, j’ai cette supériorité d’être courtois et poli en posant les éléments d’un débat. J’attends de vous ce minimum respect, celui qui manque cruellement à nos fonctionnaires d’élite admirateurs du Sacré Chœur de Jésus*.

            Je vous prie de croire, Messieurs, en l’expression radicale et de proximité de ma considération distinguée. Keep on rocking !

Phil DONNY

 

* Le Sacré Chœur de Jésus renvoie au tableau que j’offre en donation à l’institution muséale pour laquelle je n’ai jamais obtenu de réponse. Vive la République et ses valeurs ! Laurent le

Bon est tout à fait compétent pour vous décoder la chose.